Chapitre XV

Le jour se levait doucement baignant la ville de sa douce lumière voilée par le froid ambiant. Mélinda n’avait que somnolait cette nuit-là. Elle était bien trop angoissée par la bataille à venir. Elle sortit du lit et s’habilla de la tenue de son ancêtre. Une fois vêtue, elle quitta la chambre et sortie de la demeure d’Abby. Elle se retrouva dans la rue, chose qu’elle n’avait pas le droit de faire seule. L’adolescente trouvait qu’on la surprotégeait. Elle soupira et de la fumée blanche sortie d’entre ses lèvres. Elle n’était pas une héroïne de conte, elle le savait et pourtant elle était protégée comme une princesse d’histoire fantastique. Le ciel était cotonneux, comme s’il allait neiger. Baissant la tête, elle poussa la porte et rentra. Abby la regarda avec inquiétude et lui demanda d’où elle revenait.

 

« J’étais juste devant, Abby… »

 

La tahora hocha la tête et soupira à son tour. Elle ne voyait pas que l’Enac en Mélinda mais une jeune arcaëllienne fragile. Secouant la tête, elle proposa à la jeune tahora de prendre un petit-déjeuner avant de se mettre en route puis elle alla réveiller Ayelline et Hùlikcz ainsi que Keira qui avait émis le souhait de combattre aussi.

 

L’heure du glas sonna. En rangs serrés, les troupes avançaient vers la plage. L’armée de Morloc devait être prête à les accueillir. Le cœur palpitant, les mains moites, Mélinda fermait la marche qui semblait funèbres. Beaucoup de ces ‘’guerriers’’ étaient de simple citoyens sachant à peine manier une épée. Il allait inéluctablement vers Gar’Haz, Dieu des Enfers. Que Jurk, son épouse, aie pitié d’eux. Les pas se répercutaient contre les murs de la Cité.

 

Après avoir quitté la ville, ils avaient pris la direction de la berge sableuse. Un peu plus en hauteur que les troupes de Morloc, ils constatèrent qu’ils étaient légèrement en sous-effectif. Le cœur de Mélinda s’emballa, c’était sa première vraie bataille. Les chefs sonnèrent l’assaut. Les cavaliers partirent en premier suivit des troupes à pied. Les archers firent pleuvoir une nuée de flèche sur les soldats Impériaux. Quelques corps tombèrent. Mais pas assez. Sur sa jument noire, Mélinda partit au galop contre l’avis de ses ainés. Ayelline, sur un bsurt roux, ces loups de la taille d’un cheval, suivit sa protégée. Attrapant son épée sur son flanc droit, la tahora poussa un cri féroce à faire froid dans le dos. Un général des troupes Impériales recula de trois pas devant la furie. Puis, il remarqua ses yeux.

 

« Un bleu et un vert ? L’Enac ? Les idiots ! »

 

Il dégaina son épée pendant que Mélinda tranchait et coupait du soldat Impérial. Le sable blanc devint rouge vif. La poussière s’élevait haut dans le ciel. Le bruit du fer tapant le fer faisait frissonner les plus couards des guerriers. Le général qui avait repéré la tahora, un mzékils aux cheveux blond et aux yeux gris dont la peau pâle laissait entrevoir qu’il venait de contrées froides, se dirigea au galop vers Mélinda.

 

« Enac !

– Ta gueule ! Je suis pas l’Enac, je suis Mélinda ! »

 

Il se mit à rire et donna de son épée à la jeune arcaëllienne qui se défendit comme une lionne. Le combat fut épique et, se blessant mutuellement, aucun des deux ne parvenait à porter le coup fatal. Ayelline, dans le dos de l’adolescente, arma son arc. Elle visa la tête du général qui fut transpercée. La flèche avait tué le mzékils sur le coup. Mélinda remercia du regard l’elfe et retourna se battre. Un soldat, en voyant ses yeux, prit la fuite en hurlant :

 

« L’Enac est avec eux ! »

 

Il ne partit pas bien loin, étendant ses ailes, Mélinda s’envola et lui transperça le ventre de sa lame. Ayelline sur ses talons, elle savait qu’elle avait une bonne couverture.  Bientôt, les troupes ennemies furent mises en déroute. Grâce aux mages utilisant Mez, les bateaux furent détruits. Les soldats n’avaient d’autre choix que de se rendre ou périr. Couverte de sang, majoritairement le sien, Mélinda s’écroula en plein milieu du champ de bataille. Ayelline s’approcha d’elle et essaya de trouver les plaies les plus ouvertes. L’elfe ne vit pas le soldat arriver dans son dos. Elle ressentit une vive douleur et cria. Baissant la tête, elle vit la pointe d’une lance dépasser de sa cage thoracique. On arracha l’arme de son corps et elle s’écroula, du sang coulait aux commissures de ses lèvres.

 

« Keira… Pardonnez-moi Majesté… Elle ferma les yeux, la respiration bien trop lente, J’ai échoué. »

 

Ne pouvant plus bouger, elle perdit la vie dans un souffle. Mélinda hurla de douleur et se releva tant bien que mal. Elle s’approcha de l’elfe et la secoua dans tous les sens en hurlant son prénom puis elle se mit à pleurer. Le lancier était toujours là et il murmura :

 

« A ton tour sale chienne ! »

 

Malgré son état de faiblesse, la rage lui redonna des forces. Sa meilleure amie était morte, elle ne pouvait permettre ce drame. Elle invoqua un ours de feu et des aigles de foudre. L’ours poussa un rugissement et s’attaqua au soldat et les aigles l’électrocutaient. Le pauvre xen aux ailes de fée roses, à la chevelure verte et aux yeux rouges hurla de douleur. L’adolescente écarta ses invocations, l’arcaëllien était roulé en boule au sol. L’épée de Mélinda s’abattit sur le coup noir du soldat.

 

Après des heures de tuerie, les Impériaux se rendirent sagement. Leurs généraux étaient tous morts. Eux, ils n’étaient que des pions. Un cri d’allégresse s’éleva du côté des Résistants. Mélinda, toujours près du corps sans vie d’Ayelline, pleurait. Une voix s’éleva doucement près de la jeune arcaëllienne.

 

« Ne me pleure pas, je t’en prie…

– Que vais-je devenir sans toi ? Sanglota Mélinda.

– Accomplir ton destin. Promets le moi.

– Je…. Je le jure. Le Dieu-Empereur paiera pour ses méfaits. Mais je ne gouvernerais pas, je ne suis pas une dirigeante mais une guerrière, comme toi. »

 

Il n’y eut pas de réponse, Ayelline était partie rejoindre Jurk et Gar’Haz. Mélinda s’écroula sur le corps sans vie de sa gardienne, pleurant à chaude larmes.

 

« Pourquoi ? Pourquoi ? POURQUOI ???? »

 

Des soigneurs s’approchèrent d’elle en disant qu’il devait s’en occuper. Mélinda refusa de quitter le corps froid d’Ayelline. Abby et les chefs durent faire preuve d’autorité pour que l’Enac accepte de se faire soigner convenablement.

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Chapitre XIV

Assise dehors, sous la neige, Mélinda fulminée. Son ennemi de sang était là et elle ne pouvait même pas le tuer car il était protégé par sa mère qui soit dit en passant ne s’était jamais occupé de lui. Folle de rage, elle se leva et donna un coup de pied dans un bac de fleurs. Tout cela n’avait de sens, tout cela était absurde. Elle hurla de sa colère aux cieux. C’est alors qu’une petite lumière apparue derrière un pan de mur. Curieuse, l’Enac alla voir ce qu’il se passait. Elle stoppa net son avancée en voyant un spectre et par n’importe lequel : Keira La Douce.  Avalant sa salive de travers, l’adolescente toussa en se tenant la gorge. Le fantôme sourit timidement en voyant sa descendante s’étouffer de la sorte. Une fois son souffle retrouvé, la tahora demanda à l’apparition ce qu’elle faisait là. Un soupir passa les lèvres fantomatiques de Keira.

 

« Tu ne dois pas tuer Zack.

– POURQUOI ? S’indigna brusquement Mélinda.

– Il… IL est de ton sang.

– Hein ? De mon sang ? Qu’est-ce que…

– Deux branches sont nées de mon sein. La branche Kale et la Paï. Abby est une descendante de Kale et toi de Paï. Comprends-tu ce que cela implique ?

– Non…

– Unis toi à Zack pour ne faire plus qu’un.

– M’u… M’unir à lui ? Comment ?

– Vous êtes l’espoir d’Arcaëlle. L’apparition s’effaça, laissant Mélinda seule. Un mot retentit cependant : L’union. »

 

Abasourdie, la tahora rentra. Elle traîna les pieds jusqu’à sa chambre et s’étala sur le lit. Se mettant sur le dos, elle fixa le néant. Devait-elle se marier à Zack ? Plutôt mourir, songea l’arcaëllienne. Elle lâcha un gros soupir de lassitude. Comment devait-elle procéder. Elle se redressa et s’assit au bord du lit repoussant quelques mèches noires de ses yeux vairons. La tête base, fixant ses pieds, elle se mit à ronchonner. Comment Keira La Douce pouvait-elle lui dire de s’unir à ce félon ? A quoi pensait l’Impératrice morte. On frappa à la porte de la chambre. Mélinda garda le silence, on cogna à nouveau avec plus d’insistance et une voix dit :

 

« C’est moi, Ayelline.

– Entres… »

 

L’elfe pénétra dans la pièce bien chauffée. D’un pas léger, presque imperceptible, elle s’approcha de l’Elue des Dieux. D’une voix douce elle demanda à son amie ce qu’elle avait. Agacée, Mélinda répondit que tout allait bien. Ayelline soupira doucement. Elle n’allait pas insister. S’asseyant près de Mélinda, elle lui caressa doucement la tête. L’adolescente posa sa joue contre l’épaule de l’elfe. Elles restèrent ainsi de nombreuses minutes sans rien dire puis l’Enac lâcha :

 

« J’y comprends plus rien à cette prophétie… »

 

Elle ferma les yeux et respira doucement. Ayelline glissa une mèche derrière l’oreille droite de l’adolescente en lui demandant à nouveau ce qui se passait. Alors, au bord des larmes, l’arcaëllienne expliqua la visite qu’elle avait eue. Ecarquillant les yeux, l’elfe sursauta de surprise. Et elle ?  Si Mélinda devait épouser Zack, qu’adviendrait-il d’Ayelline ? Il faut avouer que l’elfe était éperdument amoureuse de sa protégée. Cela n’arrangeait en rien ses affaires, bien loin de là. En aimant la tahora, elle les mettait en danger toutes les deux. L’elfe passait son temps à avoir peur pour Mélinda. Peur qu’elle meurt surtout. Et avec la flotte Impériale qui approchait, cela n’arrangeait en rien les choses.

 

« Il faut que tu parles à Abby…

– Pour lui dire quoi ? Que j’épargne son fils car un fantôme me l’a demandé ? »

 

Répondit ironiquement Mélinda. Ayelline soupira doucement une fois encore. Bornée comme elle était, l’adolescente préférerait se planter une épée dans le cœur plutôt que d’épouser son ennemi. Tout cela n’avait de sens… Ayelline se leva entrainant Mélinda à sa suite. Elles quittèrent la chambre et allèrent vers celle de Zack où Abby veillait avec calme et sérénité. L’elfe frappa discrètement à la porte.

 

« Oui ? »

 

Elle entra, Mélinda à sa suite. La pièce était petite mais bien éclairée. L’Enac n’osait pas regarder le Prince qui était assis sur le bord du lit, torse nu.

 

« Pardon pour tout à l’heure, Finit-elle par lâcher en tournant la tête.

– Je comprends ta haine, Mélinda. Mais tuer Zack ne fera pas avancer tes affaires. Tu dois apprendre à te contenir et grandir un peu. Je sais que c’est beaucoup te demander mais apprends à pardonner.

– Je vais essayer. »

 

La jeune tahora soupira longuement et plongea son regard dans celui du Prince encore bien faible. Etrangement, son cœur se mit à battre plus vite, ses mains devinrent moites et ses pupilles se dilatèrent. Qu’était-ce que cette sensation ? De son côté Zack souriait bêtement.

 

« Tu es encore plus belle que dans mon imaginaire, Enac.

– Je m’appelle Mélinda, Ronchonna la jeune arcaëllienne.

– C’est très beau. »

 

Le silence s’installa après ces mots. N’en pouvant plus, l’Enac quitta la pièce en claquant la porte, elle avait besoin de se défouler. Le mannequin dans l’écurie était une cible parfaite. Elle prit son épée au passage et alla vers son défouloir.

 

La nuit était tombée depuis longtemps. Kaï’Jad était venue informer la maisonnée de l’approche des troupes de l’Empire. Elle resta même manger. Mélinda n’adressa la parole à personne durant tout le dîner.

 

Les jours s’enchainaient et se ressemblaient. Enfin les troupes ennemies accostèrent sur le rivage Nord. La ville était en ébullition, les arcaëlliens sachant se battre se préparaient à l’inévitable bataille.  Un messager porta une missive aux gardes de la ville qui la remirent à Kaï’Jad. Les chefs de la Résistance, Abby, Mélinda et Ayelline était autour d’une table ronde lorsque Kaï’Jad lu la missive.

 

« Remettez-nous l’Enac et aucun mal ne sera fait à qui que ce soit. »

 

Ils débattirent longuement sur le sort de Mélinda, tous tombèrent d’accord sur le fait qu’il fallait préserver la jeune arcaëllienne. Mais cette dernière, peu encline à n’être qu’un fanion que l’on brandit, déclara :

 

« J’irais me battre, je suis née pour ça. Vous n’avez pas votre mot à dire. Il va y avoir une bataille et ceux qui seront derrière moi seront protégés par les Dieux. Les autres, Gar’Haz les accueillera en son Royaume de tourments. Qui me suit ? »

 

Il y eut des murmures désapprobateurs, après tout, elle n’était qu’une gamine. L’un des chefs, Hikare une tahora aux cheveux aussi noirs que la nuit et aux yeux bleu glaces, se leva pour faire entendre sa voix. Il se racla la gorge, le poing devant la bouche. Quand le silence retomba, il énonça :

 

« L’Enac est une guerrière, pourquoi se priver d’un bras armé alors que nous manquons cruellement d’arcaëlliens pour combattre Morloc et ses troupes ? Laissons la faire. »

 

Il repoussa sa cape verte et s’assit en croisant les mains sous son menton. Satisfaite, l’Enac lui fit un petit signe de tête pour le remercier. Il hocha le chef et lui sourit.

 

« Bien, Fit Kaï’Jad, Nous partirons combattre demain à l’aube. Essayez de vous reposer et de vous préparer mentalement. »

 

Le conseil se termina sur ces mots et tous quittèrent la pièce. Sur le chemin menant à la demeure d’Abby, tout le monde était silencieux. Demain serait un jour macabre, c’était sûr. Mais toute victoire passe par le combat. Mélinda le savait. Cette nuit-là, elle ne dormie pas, restant étendue dans le lit à songer au pire.

Chapitre XIII

Mélinda était assise sur un banc à attendre son nouveau maître d’armes. Kaï’Jad lui était antipathique au plus haut point mais elle devrait faire avec. L’arcaëllienne arriva, elle jeta sa cape sur le banc et ordonna à la tahora de se lever. L’adolescente obtempéra tout en saluant son mentor. L’aracnor envoya une épée en bois à la jeune demoiselle qui la réceptionna rapidement. Kaï’Jad Wasen lui demanda de se mettre en position défensive. Puis, une fois qu’elle se fut exécutée, l’aracnor tourna autour de la jeune arcaëllienne. Mélinda était stoïque. Combattre était sa raison de vivre. Une fois que la chef de la Résistance eut fini sont inspection, elle ordonna à Mélinda :

 

« Tu vas m’attaquer avec toute ta puissance mais, pas de magie ! »

 

Mélinda écarquilla les yeux, se mit en position d’attaque et se jeta sur l’aracnor. Cette dernière esquiva en faisant un pas sur la droite avec une certaine souplesse. L’Enac atterrit la tête la première dans le parterre de fleurs. Pestant et grognant, elle se releva et se mit à nouveau en position d’attaque. L’entraînement dura toute la matinée et, malgré ses bonnes bases, la jeune tahora embrassa  souvent le sol. Kaï’Jad semblait déçue mais elle ne parla pas. Pas à Mélinda du moins. Elle rentra dans la demeure d’Abby et alla voir la maîtresse des lieux. Cette dernière était au chevet de son fils toujours endormi. Abby priait les Dieux pour que Zack se réveille rapidement. Trois coups secs furent frappés à la porte.

 

« Entrez !

– Abby. Dis l’aracnor en entrant. Cette petite a du potentielle mais elle semble trop incertaine de sa destinée. Il faudra lui montrer la voie. »

 

Le Prince s’agita et grogna dans son sommeil. Celle qui faisait partie des chefs de la Résistance soupira et s’en alla. La tahora passa une éponge humide sur le front de son fils. Keira passait par là et la porte était entre-ouverte. Elle la tira un peu et regarda sa mère s’occuper de ce chien de mzékils. Abby semblait douce et heureuse en présence de ce Prince de pacotille. Cela était intolérable pour la jeune tahora. Elle tira un coup sec sur la porte et lança à sa mère :

 

« Que me caches-tu ?

– K… Keira ? Je… C’est… Par les Dieux, c’est difficile. Zack, le Prince Impérial est… Et toi… Vous êtes du même sang.

– Tu mens… Tu… ça signifie… Je suis la fille de ce monstre ? Tu mens !

– Keira… Ecoutes….

– NON ! Tu m’as trahi ! »

 

Elle partit en courant vers la rue. Abby soupira, elle savait que sa fille reviendrait. La question était : Quand ? C’est alors que Zack ouvrit les yeux. Il tourna d’abord la tête vers la fenêtre où le soleil brillait de mille feux puis vers celle qui l’avait soigné. Il essaya de se relever mais poussa un gémissement de douleur.

 

« Reste allongé fils.

– Fils ?

– Je… Ne le prends pas mal… Je suis ta mère.

– Tu es une traitresse et non ma mère !

-J’ignore ce que ton père t’as raconté mais…

-… Tout ce que tu diras sera mensonge ! »

 

Baissant la tête, Abby se leva retenant ses larmes. La rouquine quitta la pièce et ferma à double tours la porte. Ses enfants la rejetais tous les deux dans la même journée. C’était insupportable. Elle maudit Morloc intérieurement. Cet arcaëllien n’avait fait que détruire sa vie. Elle s’en alla dans sa chambre afin de prendre un peu de repos et de pleurer sans être vu.

 

Ayelline était assise dans la cuisine, jouant sans s’en rendre compte avec une miette de pain. La route lui manquait, elle n’était pas faite pour rester assise à ne rien faire. Hùlikcz entra alors. IL s’assit face à elle et tapota du bout des doigts s le bois de la table. Tous deux avaient le sentiment d’être prisonnier d’Abby. Ils n’avaient pas le droit de sortir sans escorte. Mélinda pénétra alors dans la cuisine. Elle semblait bien fatiguée. Ereintée, elle se jeta sur une chaise à côté d’Ayelline. Le silence plana tel l’ombre de la mort.

 

Les heures s’égrenaient paisiblement. Mélinda était allongée sur le lit contemplant le plafond. Le feu ronronnait dans l’âtre laissant s’échapper une douce chaleur. On frappa alors à la porte de la chambre et l’Enac invita l’inconnu à entrer.  C’était un soldat de la Résistance. Il avait les cheveux courts et blonds, des yeux en amandes d’un noir profond et deux petites ailes grises. Il s’inclina légèrement lorsque Mélinda tourna la tête vers lui.

 

« Il y a quelques soucis, on vous demande au quartier général. »

 

Mélinda se leva en baillant et se dirigea vers la porte. En bas, elle retrouva Ayelline et Abby. Ils se mirent en route vers le grand lieu de la Résistance. Une fois arrivés, le soldat les quitta et elles prirent la direction du bureau des crises. Abby frappa et entra.

 

« Ah ! Vous voilà ! Nous avons un sérieux problème.

– Lequel est-ce ? Questionna Mélinda.

– L’Empire nous attaque. Six navires ont pris les mers et se dirigent droit sur nous. A leur bord des soldats. Il va falloir te cacher Mélinda.

– Me… Cacher ? Et puis quoi encore ? Je me battrais ! Pas de mais ! Je sais combattre ! Et si je meurs vous trouverez bien un autre fanion à agiter.

– Je… Commença une elfe aux cheveux bleus et aux yeux gris.

– Je rien du tout ! Suis-je l’Elue ? Peut-être ! Dans ce cas il est de mon devoir de combattre l’ennemi ! Fin de la discussion ! »

 

Ils semblèrent tous surpris mais finir par accepter que l’Enac combatte. Cependant, ils émirent une condition : qu’elle reste en arrière. Sa vie était trop importante pour qu’elle périsse inutilement. Mélinda finit par accepter leur prérogative même si elle trouvait cela stupide et injuste. Après tout, elle était née pour combattre et tuer. Son destin n’était-il pas d’éradiquer Morloc et les siens ? Elle n’arrêta pas de soupirer sur le chemin du retour. Personne ne parla, bien trop angoissés à l’idée de la guerre qui approchait. Ils seraient d’ailleurs en sous-effectifs par rapport à l’Empire Divin. Mais cela ne semblait effrayer personne. Une fois au manoir d’Abby, l’Enac se rendit dans sa chambre suivit de prêt par Ayelline. L’elfe, quelque peu inquiète, posa une main sur l’épaule de Mélinda. La jeune arcaëllienne eut un frisson étrange à ce contact. Elle se retourna brusquement et sa bouche se colla à celle de l’elfe dans un baiser tendre et désireux. Ayelline écarquilla les yeux et finit par les fermer en enlaçant la jeune tahora qu’elle aimait depuis des mois sans savoir si c’était réciproque. Doucement, elles glissèrent vers le lit et commencèrent à se caresser avec une certaine tendresse et beaucoup d’impatience. Elles ôtèrent leurs vêtements et leur corps s’unir dans une danse sensuelle et aimante.

 

Mélinda était blottit contre Ayelline, les yeux grand ouvert. Elle ignorait pourquoi elle avait couchait avec sa gardienne mais ça avait été plaisant et cela l’avait détendu. Cependant, elle n’avait pas le sentiment d’éprouver plus que de l’amitié pour la blonde. D’ailleurs cette dernière dormait du sommeil du juste. Mélinda défie les bras qui l’enlaçaient pour aller à la fenêtre enveloppée dans un drap. La nuit était là depuis bien longtemps, la lune était haute dans le ciel. Daÿl veillait. Soupirant, l’adolescente s’appuya contre le mur, la tête contre la vitre froide où sa bouche et son nez dessinaient de la buée. Elle resta ainsi un long moment avant de retourner dans le lit.

 

Les oiseaux chantaient gaiment sous la fenêtre. Etendue dans le lit, Mélinda ouvrit les yeux et contempla un bref instant le plafond. Puis elle se tourna vers Ayelline qui la regardait depuis un instant.

 

« As-tu bien dormi ? Demanda timidement l’elfe.

– Non, j’ai rêvé que je périssais… Et toi ?

– Oui… »

 

L’Enac sourit à sa gardienne et se leva dévoilant son corps nu. Elle s’empressa d’enfiler ses habits puis quitta la pièce sans un mot de plus. Elle passa devant la chambre de Zack où elle entendit la voix d’Abby. Elle ignorait que le Prince était là. Elle poussa la porte, mue par la curiosité.

 

« Zack, il faut que tu manges…

– Qui me dit que ce n’est pas du poison ?

– Ne crois-tu pas, fils, que si j’avais voulu te tuer je l’aurais déjà fait ? »

 

Le Prince soupira et pris le bol de porridge. Mélinda, quant à elle, était sans voix. Le… Prince ? Son ennemi de sang ! Elle serra les doigts sur le pommeau de son épée et poussa avec violence la porte.

 

« Mé… Mélinda ! Sors d’ici !

– Il est mon ennemi !

– IL EST MON FILS !

– Il est le…. IL EST LE FILS DE MORLOC !

– VA-T-EN ! »

 

Mélinda dégaina son épée et se rua vers le Prince bien faible. Ce dernier se contenta d’écarquiller les yeux et de dire :

 

« Enac… »

 

Abby se leva et attrapa le poignet de Mélinda afin de lui faire lâcher son épée. Ce qui fut une réussite. L’adolescente cria et pesta mais la tahora ne lâcha pas.

 

« SORS ! »

 

La jeune arcaëllienne obéit en tuant du regard l’ancienne épouse de Morloc.

Chapitre XII

Le jour commençait à poindre et Mélinda avait les yeux ouverts depuis un bon moment. Etendue sur le dos, elle regardait vers la fenêtre, soupirant de temps à autre. La jeune tahora n’avait pas mal dormi pour autant, elle avait même savouré le fait d’être dans un lit confortable. Elle tourna la tête vers l’elfe qui ronflait encore, un sourire se dessina sur son visage pâle aux traits fins. Cette arcaëllienne était si belle et si sûre d’elle mais après tout elle était âgée de plus de deux-cent ans. La vie avait dû lui enseigner nombre de choses que Mélinda ignorait encore. S’asseyant au bord du lit, elle se passa une main sur le visage en baillant. L’Enac se leva en silence et alla dans la salle d’eau afin de se passer un coup sur la tête afin de mieux se réveiller. L’eau de la veille stagnait dans la bassine, la froideur de celle-ci fit frissonner l’adolescente. Une fois plus ou moins propre, elle retourna dans la chambre où Ayelline était endormie. Il devait être entre cinq et six heure du matin tout au plus. S’approchant de la fenêtre, Mélinda colla son front au verre où un nuage de buée se dessina au niveau de sa bouche et de son nez. Elle avait tellement pris l’habitude de errer sur les routes qu’être dans une maison lui semblait étouffant. Elle regarda les gens passer sous la fenêtre, allant au travail ou au marché. Comme elle les envié d’être libre de leurs pas, comme elle désirait ne pas être l’Elue. Mais… Elle l’était et son destin avait été scellé par les Dieux eux-mêmes.

« Mélinda ? »

La jeune arcaëllienne se retourna et vit l’elfe assise dans le lit, les bras autour des jambes. La gardienne souriait doucement à sa protégée qui était vêtue de pied en cape. Mélinda se retira de la fenêtre et alla se poser sur le matelas près d’Ayelline qui baillait à s’en décrocher la mâchoire.

« Bonjour, Ayelline. T’as bien dormi ?
– Oh que oui. Cela faisait des décennies que je n’avais dormi dans un vrai lit. Elle eut un petit rire amusé et ajouta : Et toi ? Tu as bien roupillais ?
– Comme un loir. »

Mélinda approcha furtivement une main du visage de l’elfe et replaça une mèche blonde derrière son oreille gauche. L’elfe soupira de contentement et quitta le lit afin de s’habiller. Il ne faisait franchement pas chaud dans la pièce. Le feu avait dû s’éteindre dans la nuit ne laissant que des braises. Les deux arcaëlliennes, une fois prête, quittèrent la chambre pour aller à la salle à manger. Elles y retrouvèrent Keira prenant son petit-déjeuner dans un silence absolu. Quand la tahora vit les deux arrivantes, elle se leva et les salua chaleureusement leur demandant si elles avaient bien dormi. Ayelline et Mélinda répondirent affirmativement à la question de l’adolescente qui les invita à prendre place à table. Au menu il y avait des gâteaux au miel et du thé bien chaud. Mélinda n’avait jamais bu de thé jusqu’à maintenant et elle fut surprise par le goût du breuvage un peu amer.

Pendant ce temps, le Prince n’avait toujours pas repris conscience et Abby n’avait pas dormi de la nuit, veillant son fils avec bienveillance. A plusieurs reprise, Zack avait appelé sa mère dans son sommeil agité ce qui, elle devait l’admettre, enchanta l’ancienne épouse de Morloc. Elle avait vu le soleil se lever et avait envoyé une servante prévenir Hùlikcz. Abby n’était pas stupide et avait fait suivre le garçon quand il était sorti la veille au soir. Elle savait donc que son fils et l’elfin étaient de mèche. Mais, elle ignorait pourquoi l’arcaëllien aux ailes grises travaillant pour le Prince était avec l’Elue des Dieux. On frappa à la porte, Abby sursauta légèrement. Une fois remise de sa peur, elle invita à entrer la personne derrière le battant. C’était l’elfin un peu honteux d’avoir été pris la main dans le sac.

« Vous désiriez me voir, Dame Abby ?
– Quel est ton rôle auprès de mon fils ?
– Votre fils ? Je ne comprends pas, Madame.
– Zack Mzékils’Han, Prince héritier d’Arcaëlle.
– Il est votre… fils ?
– Je suis Abby Maäly, ancienne épouse du Dieu-Empereur Morloc. J’ai fui l’Empire alors que j’attendais Keira car Morloc voulait ma mort. Comprends-tu ?
– Je… je crois, oui. Le Prince m’a sauvé d’une mort certaine, en contrepartie je dois le servir. »

Abby hocha la tête et envoya l’arcaëllien prendre son repas matinal. Elle soupira, pensive. Calant sa tête contre sa main droite, elle observa la poitrine de Zack se soulever à rythme de sa respiration.

Hùlikcz arriva à la salle à manger où étaient attablées les trois arcaëlliennes. Il les salua, un peu chafouin. Les discutions allaient bon train. Mais, un peu perdu et perturbé, l’elfin n’y prit pas part. Une fois le petit-déjeuner fini, tout le monde quitta la pièce. Abby surprit alors Mélinda en l’attrapant par l’épaule. La jeune tahora s’arrêta et se tourna vers son aînée.

« Je dois t’emmener au quartier général. Kaï’Jad veut te voir, suis-moi. »

Mélinda, obéissante, mit sa cape et suivit Abby au travers de la cité. Aucune des deux arcaëlliennes ne parla durant le trajet. Elles entrèrent dans un grand bâtiment en marbre blanc où nombre de personnes s’activaient à leurs tâches. Elles empruntèrent un escalier menant vers le premier étage, une fois sur le palier Abby tourna à droite puis à gauche et elles débouchèrent devant une porte en bois blanc. L’ancienne épouse de Morloc frappa trois coups secs et attendit qu’on l’invite à entrer.

« Oui ? »

Cria une voix féminine derrière le battant. Abby tourna la poignée et elles entrèrent dans le bureau où trônait un grand bureau ovale. Une arcaëllienne était derrière le beau meuble en bois gris, assise sur un fauteuil de velours rouge. D’un signe de la main elle invita les deux tahoras à s’asseoir devant elle. Mélinda ôta son capuchon qui, jusqu’à maintenant, voilait ses yeux. La bouche de Kaï’Jad s’ouvrit en un « O » de surprise puis un sourire se dessina sur ses lèvres pulpeuses. Sa longue chevelure noire lui arrivant jusqu’à la taille bougea lorsqu’elle fit un mouvement de la tête.

« Tu es elle, n’est-ce pas ? L’Enac ?
– Je suis Mélinda…
– Certes, tu as un prénom. Tout comme moi. Mon patronyme est Kaï’Jad Wasen. Chef de la Résistance. Enfin l’une des chefs, nous sommes cinq en tout. »

Mélinda ne répondit pas, l’aracnor l’avait mise en colère. Pourquoi fallait-il qu’on la voit par ce qu’elle était et non par qui elle était ? Soupirant, elle écouta la chef parler à Abby de diverses affaires.

« Une rumeur coure, Abby. Tu hébergerais un haut dignitaire de l’Empire. Est-ce vrai ?
– Pas n’importe qui. Avoua à contrecœur la tahora, Mon fils.
– LE PRINCE ?
– Oui. Il est en mauvaise santé actuellement.
– Il est notre ennemi ! Aboya Kaï’Jad.
– Il est, avant tout, mon fils ! »

Kaï’Jad se leva prestement, frappant de ses mains le plateau du bureau. Elle lâcha une série de jurons bien gras et se tourna vers la fenêtre. Croisant les bras dans son dos, elle déclara :

« S’il tente ne serait-ce qu’une attaque à notre encontre je le tue puis je te tue ! »

Elle se tourna ensuite vers Mélinda l’informant que des précepteurs viendraient parfaire sa formation, ensuite elle les invita à quitter le bureau.

De nouveau dehors, Mélinda savoura l’air frais. Elle avait trouvé cette arcaëllienne particulièrement odieuse et amer. Abby, les poings serrés, avançait rapidement. Un peu essoufflée, l’Enac demanda à la tahora de ralentir le rythme.

« Excuse-moi, Mélinda, Kaï’Jad m’a mise de mauvaise humeur.
– Pourquoi ne pas nous avoir dit que le Prince était en votre demeure ?
– Je ne sais pas. Il est ton ennemi naturel, non ?
– Je ne sais pas… Je ne suis même pas sûre de vouloir combattre Morloc… »

Abby soupira doucement et s’arrêta. Elle déposa une main douce sur l’épaule de Mélinda et l’obligea à relever la tête vers elle de son autre main.

« On ne peut aller contre son destin, jeune fille. »

Mélinda soupira en grognant de mécontentement. Le destin ? Elle ne l’avait pas choisi, elle n’avait rien demandé. Pourquoi l’avoir choisi ? Valait-elle mieux qu’une autre ? Elles se remirent en marche vers la demeure d’Abby, les cours de l’Enac commenceraient dès le lendemain.

Chapitre XI

Avançant au travers de la ville somptueuse d’Hytraz, Mélinda et ses petits camarades suivaient Abby. L’arcaëllienne avait une magnifique crinière rousse lui descendant jusqu’aux reins et des yeux verts très expressifs. Ses ailes blanches laissaient présager qu’il s’agissait d’une tahora et sa façon d’avancer donnait à croire qu’elle était de sang noble. Ils arrivèrent devant une petite demeure plutôt coquette. Un arcaëllien à la peau sombre s’inclina au passage d’Abby. Elle fit entrer les trois compères chez elle. Une jeune tahora était debout, le regard sombre. Elle demanda à Abby, qui était sa mère, où elle était passée toute la matinée. La tahora soupira et caressa la chevelure ébène de son enfant en lui disant qu’elle était allée faire un tour et qu’elle avait croisé une personne des plus importantes. Elle montra alors Mélinda en présentant sa progéniture sous le nom de Keira.

« Salut, Fut la seule réponse de l’Enac.
– Je suis Ayelline, elle c’est Mélinda et le gringalet c’est Hùlikcz. »

Soupira l’elfe en voyant la mine renfrognée de la jeune tahora qui avait baissé la tête. Keira sembla être bien plus enthousiaste en voyant l’arcaëllienne. Elle souriait à pleine dent et proposa à sa mère de conduire leurs invités dans les étages pour leur montrer les chambres qu’ils allaient occuper. Abby hocha la tête, acceptant l’idée de sa fille. Pendant ce temps, elle organiserait les bains des trois voyageurs qui empestaient le vieux fennec.

Hùlikcz eut une petite chambre avec vue sur la cours intérieure quant aux filles, elles accédèrent à une chambre plutôt spacieuse avec vue sur la rue. Un grand lit à baldaquin trônait au centre de la pièce. Keira laissa les deux arcaëlliennes dans leur appartement et alla rejoindre sa mère. S’écroulant tout habillée dans le lit, l’Enac ferma les yeux et soupira doucement. Depuis combien de temps n’avait-elle eut de vrai lit ? Elle respira le doux parfum des draps, ils sentaient la lavande fraîchement coupée. Ayelline s’assit à côté de l’adolescente et lui demanda si tout allait bien. Soupirant à nouveau, Mélinda répondit :

« Ne trouves-tu pas que tout cela a été trop facile ?
– Non. Bien au contraire d’ailleurs.
– Je sais pas…. Comme disait Vince, mon frère, il y a baleine sous gravillon dans cette histoire. »

Ayelline regarda les yeux vairons de son amie et soupira à son tour. Elle savait que ça avait été bien trop simple et elle soupçonnait l’elfin de jouer un double jeu. Elle garda pour elle ses doutes et commença à masser le dos de sa protégée. Cette dernière grogna de plaisir au contact des mains de sa gardienne. On frappa alors à la porte et on entra. C’était un jeune page, il annonça que le bain était près. Il avait deux magnifiques mandibules, un aracnor à tous les coups. Les deux arcaëlliennes se levèrent du lit et suivirent le page jusqu’au bain. Ayelline n’était pas pudique contrairement à Mélinda qui se sentit gênée d’ôter ses vêtements devant une autre personne.

Nues, elles trempée dans la baignoire carrée qui avait une taille respectable. Elle pouvait facilement contenir six personnes de leur gabarit. Se prélassant, l’Enac oublia sa gêne du début et se rapprocha de l’elfe. La tahora regarda un bref instant la poitrine de taille correcte de sa camarade. Elle regarda ensuite la sienne et pesta. Ses seins ressemblaient à des piqûres de moustique. Bien que ce soit pratique pour tirer à l’arc, elle devait l’admettre. Elle soupira une énième fois et ferma les yeux se laissant couler sous l’eau. Une fois immergée, elle ouvrit les paupières. Ainsi cachée, elle pouvait admirer le corps de son amie qui était plutôt séduisante. Pourquoi avait-elle ces papillons dans le ventre ? Ne pouvant plus retenir sa respiration, elle remonta à la surface et se retrouva tête à tête avec sa camarade. Les yeux d’Ayelline fixaient la bouche de Mélinda. Elle était rouge comme une pivoine prête à éclore.

« Mélinda ?
-Hm ? »

Elles se fixèrent un instant puis la guerrière détourna la tête aussi rouge que sa camarade. Elle recula et alla se mettre à l’opposé de sa compagne. Elle baissa la tête ne connaissant rien des sentiments amoureux qui la parcourait sur le moment.

Une fois propres, fraîches et disponibles elles quittèrent la salle d’eau. On leur avait déposé des vêtements. Deux robes, l’une pourpre et l’autre verte. Mélinda, étant plus petite qu’Ayelline, prit la pourpre qui était parfaitement à sa taille. Mais, malgré les mètres de tissus, elle se sentait encore nue. De plus, les petites chaussures de jeune arcaëllienne lui faisait mal aux pieds. Elle pesta plus d’une fois contre cet accoutrement qui n’était pas dans son habitude. Quand Abby les vit, elle s’exclama pleine d’entrain :

« Voici deux belles jeunes personnes ! »

L’Enac, contenant sa colère, eut un sourire crispé. Elle n’aimait pas cette tenue frivole. Mais, la tahora les informa que leurs vêtements étaient prêts à être lavé par la lessiveuse en service ce jour-là. Par politesse, avec une mine renfrognée, la jeune arcaëllienne remercia son hôte. Cette dernière l’informa qu’elle avait envoyé une missive au quartier général de la Résistance sur son arrivée.

« Ils te cherchent depuis belle lurette… Je suis sûre que Kaï’Jad Wasen te recevra rapidement. »

La nuit était en train de tomber et, l’estomac bien remplit, Mélinda était allongée en sous-vêtements sur le lit, les bras croisés derrière la tête. Ayelline dormait déjà à point fermé. Mélinda, pensive, ne parvenait pas à fermer l’œil. Elle songeait à Hùlikcz qui avait demandé à sortir ce soir-là.

L’elfin avançait vers le port où il devait rejoindre le Prince Zack. Le mzékils était accoudé à une rambarde, observant la mer. Il entendit arriver son ami et sourit avant de se retourner lentement. Ils se serrèrent la main en se saluant chaleureusement. Pendant le voyage en mer, Hùlikcz avait pu en apprendre plus sur les deux arcaëlliennes qui étaient les ennemis du trône. Il déclara à Zack que le point faible de Mélinda était son comportement solitaire. Elle refusait de faire confiance à qui que ce soit. Cela permettrait de la manipuler facilement.

« Bien ! S’exclama le Prince avec force, Continue de les surveiller. Je t’enverrais des missives en cas de besoin. »

Ils se séparèrent et le Prince remit son capuchon puis se dirigea vers l’auberge où il allait dormir. Alors qu’il avançait, il entendit des bruits de pas dans son dos. Il se stoppa et les sons s’arrêtèrent aussi. Zack déclara alors d’une voix ferme :

« Qui que vous soyez, je n’ai ni or ni bijoux. »

Deux voix s’élevèrent dans l’ombre, deux personnes riaient grossièrement. Avant que le Prince n’ait le temps de réagir, il se retrouva avec une dague plantée dans le côté gauche. Il ne cria pas, il grogna juste et se retourna. Il se retrouva face à deux tahoras qui le regardaient avec mépris.

« A cause de ceux de ta race, ma sœur est morte ! »

Déclara le brun aux yeux roses. Il arracha sa dague de la chair du mzékils et ils s’enfuirent dans la nuit. Le Prince marcha sur quelques mètres avant de s’écrouler. Il perdait beaucoup de sang. Il se demanda s’il allait finir ainsi, dans une ruelle mal éclairé et seul. Lui qui avait tant espéré retrouver sa mère, il ne la connaîtrait jamais. Des pas se précipitèrent vers lui alors qu’il sombrait dans l’inconscience.

Les six soldats s’approchèrent de l’arcaëllien blessé. Ils le mirent sur le dos et virent l’insigne Impérial. Un dragon dans un anneau de feu.

« C’est sûrement le Prince.
– Conduisons-le à Abby alors. »

Les six personnes soulevèrent le corps inconscient du Prince Impérial et ils le portèrent chez la gente dame Maäly. Une servante leur ouvrit la porte leur disant de ne pas faire de bruits. La maisonnée dormait mais comme beaucoup de nuit l’ex-épouse du Dieu-Empereur était éveillée. On alla la chercher. Elle étouffa un cri de joie en voyant son fils. Il l’avait retrouvé. Abby demanda aux soldats de conduire le jeune arcaëllien dans la chambre du bas et de faire quérir un soigneur discret. Un jeune xen aux ailes mauves se présenta quelques minutes plus tard avec l’un des gardes.

« Je me nomme Hikare, je suis maître en soin. J’utilise aän. Laissez-moi un instant et ce mzékils ira mieux. »

Abby quitta la pièce, les larmes aux yeux. Son petit était là. Son fils. Celui qu’elle avait mis au monde était chez elle. Au bout de deux heures, le soigneur sortit de la pièce et annonça que le Prince était tiré d’affaire mais qu’il devrait rester alité au moins une semaine. Abby le paya et le laissa partir. Les soldats étaient partis depuis un moment en promettant de garder le secret. S’asseyant près du lit du blessé, elle caressa son visage si familier. Elle implora Thaä de sauver l’âme de son fils. Elle espéra qu’il n’ait pas l’esprit aussi noir que son père.