Chapitre XX (Final)

Le Dieu-Empereur se vidait de son sang petit à petit, tuant du regard l’Enac qui était à genoux près de lui. Elle était essoufflée et à bout de force. Elle remarqua alors qu’il y avait un grand vacarme dans les couloirs. Elle tenta de se lever mais échoua lamentablement, ses jambe était trop fatiguée pour la porter. Morloc émit un gargouillis, essayant sûrement de parler. Tournant la tête vers lui, elle le vis fermer les yeux à intervalles régulières. Sa respiration était saccadée et l’épée dépassait de son  abdomen. Il fallait qu’elle l’achève et maintenant. L’adolescente se traina jusqu’à son ennemi et posa ses mains sur le cou épais du vil souverain. Elle commença à le stranguler pendant qu’il bougeait uniquement les jambes. Les yeux du maître d’Arcaëlle se révulsèrent au bout de quelques minutes. Puis il cessa de respirer. Cette fois son compte était bon, il était mort. Mélinda pria Gar’Haz, le Dieu des Enfers, de ne pas lui ouvrir les portes de son Royaume. C’est alors qu’elle sentie une présence dans son dos. Elle se retourna et se retrouva face à un être aux ailes disparates. Une blanche et une noire. Mélinda sue immédiatement que c’était Thaä, elle inclina la tête et ferma les yeux. La Divinité s’approcha du corps sans vie de Morloc et dit :

« Tu as accompli une partie de ma volonté. Maintenant, monte sur le trône et dirige Arcaëlle avec sagesse et bienveillance. Je te surveillerais.

– Je ne veux pas être Impératrice… Je…

– Tu es née pour ça, enfant élue des Dieux. Maintenant, fais-toi soigner et annonce la bonne nouvelle au peuple. »

 

Thaä disparut dans une volute de fumée bleue. Mélinda se laissa aller en arrière et s’assit. Une nuée de Résistants entrèrent dans la salle du trône et se figèrent sur place. Il y eut des murmures puis des hourras et des ovations. L’Enac avait vaincue leur tyran. Bientôt la nouvelle se répandit dans les rangs et il y eut des cris de soulagements. Une guérisseuse, Serena Hïtuelle, s’approcha de Mélinda et s’accroupit à côté d’elle. Elle observa en silence les blessures de la guerrière et commença à la soigner avec douceur. Serena était une vieille elfe de trois-cent-deux ans. Elle maîtrisait parfaitement le fluide aän, la magie du soin. Après quelques instants, l’Elue des Dieux se sentit bien mieux, certaine de ses plaies était trop profonde pour ne subir qu’aän. L’elfe sortit donc de quoi la recoudre. Kaï’Jad s’était approché de la dépouille de Morloc et la touchait du bout du pied pour vérifier qu’il était bel et bien mort. Une fois sûre d’elle, elle se tourna vers Mélinda et lui dit d’une voix fière :

 

« Beau boulot !

– J’ai tué quelqu’un, je ne vois pas en quoi c’est beau… Répliqua-t-elle amèrement.

– C’était un monstre, tu n’as fait que ton devoir. Tu as accomplie ton destin. Maintenant, il faut te mettre au pouvoir.

– Je ne veux pas du pouvoir. Mettez Zack. Il a été éduqué dans cette optique, non ?

– Oui mais… C’est un Mzékils’Han. Il faut une Tahora’Han sur le trône, comme ça aurait dû le rester il y a un peu plus de deux-cent ans.

– Je ne me sens pas l’âme d’une dirigeante…

– Cela viendra avec le temps, et tu ne seras pas seule, il y aura les conseillers.

– Les cinq chefs de la Résistance je paris.

– Tu y vois une objection, Altesse ?

– Non… Et ne m’appelle pas altesse ! »

 

Kaï’Jad se mit à rire doucement. Elle pensa que Mélinda se ferait une raison sur son destin. La salle du trône fut évacuée et les survivants de l’Empire furent faits prisonniers. Notamment les dix conseillers de Morloc. Les esclaves furent libérés et les soldats Impériaux rendirent les armes. C’était fini. Kaï’Jad envoya des mécènes à travers tout Arcaëlle pour annoncer la mort de Morloc et le début du règne de Mélinda Tahora’Han.

 

Six mois était passés depuis la mort de Morloc, personne n’avait revu le Prince Zack et son ami. Ils avaient tout bonnement disparu. Mélinda était dans une des chambres du palais avec Abby. Cette dernière ajustait la robe que portait la nouvelle souveraine de l’Empire. La robe était finement ouvragée et était en soie rouge. Malgré les mètres de tissus, la jeune guerrière se sentait aussi nue qu’un bébé venant de naître. Elle devait se présenter au peuple le matin même et l’après-midi il y aurait des festivités. Mélinda soupira, elle ne se sentait toujours pas prête à régner sur le monde d’Arcaëlle même si elle avait la bénédiction des Dieux et du peuple. Les grands de ce monde s’étaient presque tous rangé à son côté. Ceux qui s’étaient farouchement opposé à son règne était en prison.

 

« Et voilà, tu es toute belle, Majesté. Murmura Abby avec émotion.

– Je voudrais qu’Ayelline soit là… Ainsi que Zack.

– L’aimes-tu ?

– J’aime sa compagnie.

– On le retrouvera, ne t’en fais pas. Maintenant il faut y aller. »

 

Descendant de l’estrade où elle était, Mélinda marcha lentement dans les couloirs. Elle avait bien plus peur que lors de ses multiples batailles. Elle avait connu l’arène, vu périr ses parents. Et tout cela lui semblait bien loin. Aujourd’hui elle avait vingt-deux ans et était bientôt couronnée Impératrice. Elle arriva au bas des marches et tous s’inclinèrent sur son passage. Elle n’aimait pas ces manières. Elle songea qu’elle s’y habituerait sûrement. Ils traversèrent la cour intérieure pour aller au temple qui se trouvait là. Un temple de Thaä. Il y avait une myriade d’arcaëlliens présents pour sa nomination au poste d’Impératrice. Les gens essayaient de la toucher mais ses gardes du corps les repoussaient avec douceur. Elle entendit une fillette crier :

 

« Vous êtes mon héroïne, Enac ! »

 

Cela la fit sourire doucement. Enac… Elle serait à jamais celle qui a été élue par les Dieux. Cela ne la dérangeait plus autant qu’avant. Elle arriva devant l’entrée du temple et pénétra dans ce dernier. Une Haute Prêtresse et un Haut Prêtre étaient près de l’autel. Mélinda s’agenouilla devant, le cœur battant la chamade.

 

« Mes sœurs, mes frères. Entonna la Prêtresse, Nous sommes ici pour donner tout pouvoirs sur le monde à l’Enac, Mélinda Tahora’Han. Elle sera le soleil de nos vies et la lune de nos nuits. Altesse, acceptez-vous la responsabilité qui vous incombe ?

– Je l’accepte et l’honorerais.

– Vous êtes désormais la mère de tout Arcaëlle. Enonça la Haute Prêtresse en déposant la couronne sur la tête de Mélinda. Que votre vie soit longue et belle. »

 

Mélinda se releva sous des ovations et des cris de joie. Elle salua le peuple et les hauts dignitaires présents.

 

Le bal se déroulait dans une gaieté ambiante, les conversations allaient bon train. Mélinda était assise sur le trône. Elle était désormais la souveraine d’Arcaëlle. L’unique maîtresse du Monde. Au-dessus d’elle il n’y avait que les Dieux. Un oiseau de mille et une couleurs vint se poser sur son épaule et chanta trois notes joyeuses avant de disparaitre dans un nuage bleu. Thaä était venu la bénir en personne.

 

Assise sur le bord de son lit en sous-vêtement, Mélinda souriait. Elle était maintenant l’Impératrice et cela était une lourde charge. Elle se jura de libérer tous les opprimés et de baisser les taxes. Ses cinq conseillers, les anciens chefs de la Résistance, était son soutien. Elle s’allongea, ferma les yeux et s’endormie. Demain commencerait sa régence.

Chapitre XIX

Mélinda avait le cœur qui battait à tout rompre, elle avait les mains moite et commençait à s’inquiétait. Les soldats de l’Empire étaient plus nombreux que ceux de la Résistance. Tout le monde s’était stoppé net en voyant les troupes Impérial prête à défendre corps et âme leur souverain. L’Enac soupira et se tourna vers Kaï’Jad lui demandant du regard ce qu’ils devaient faire. L’aracnor sembla réfléchir puis sauta au bas de sa selle et se transforma en une araignée de deux mètres de diamètres de couleur noire avec de longues pattes fines mais puissantes. Il fallait sonner la charge. Levant le poing, l’adolescente poussa un cri digne des meilleurs guerriers d’antan. Il y eut un écho dans les troupes et les soldats se mirent à courir vers les gardes de l’Empire qui ne bougèrent pas d’un poil. Une nuée de flèches fut tirée depuis le mur d’enceinte du palais, quelques Résistants furent tuer et beaucoup furent blessés plus ou moins grièvement. Mais, plein d’espoir, ils continuèrent à se ruer sur le palais. Bientôt les boucliers se heurtèrent à ceux des soldats de l’Empire et les épées s’entrechoquèrent. La jeune tahora aux yeux vairons était aussi furieuse qu’une lionne défendant ses petits. Elle se battait hardiment comme si le sort du monde en dépendait, ce qui était le cas. Beaucoup périr dans les deux camps jusqu’à l’arrivée du Dieu-Empereur en personne. Il était debout sur l’une des tours, les ailes étendues. Il cria alors :

 

« Enac, viens à moi et tes petits camarades vivrons et je ne leur tiendrais pas rigueur de leur acte déloyal. Refuse de me rejoindre et vous mourrez tous dans des souffrances telles que vous souhaiterez ne jamais avoir vu le jour. Mes troupes vont se retirer le temps que tu réfléchisses. Je te laisse dix minutes pour faire ton choix. Deviens mon esclave ou vois tes amis disparaitre ! »

 

Il replia ses ailes, ajusta sa couronne et s’en alla. Les soldats du Dieu-Empereur rentrèrent dans la cour du palais, laissant les Résistants soigner leurs blessés et pleurer leurs morts. Kaï’Jad repris forme arcaëllienne et on lui apporta des vêtements. Sur les rues pavées il y avait du sang, des membres coupés et des têtes. Il devait rester trois-cent personnes de la Résistance tout au plus. Mélinda avait la tête basse, trop était morts pour elle à commencer par ses parents. Une larme perla de son œil bleu, elle l’essuya avec rage. Elle ne devait pas flancher, pas maintenant, pas si près du but. L’aracnor et chef de la Résistance s’approcha d’elle et lui posa une main sur l’épaule gauche.

 

« Que comptes-tu faire ?

– Je… Je vais me rendre. Je… Je ne… Je ne veux plus de mort pour moi ! »

 

Kaï’Jad baissa la tête, elle savait que la gamine était butée et que lorsqu’elle avait une idée en tête, rien ne pouvait l’arrêter. Les Résistants encore valide formèrent un cercle autour de Mélinda, attendant ses ordres. La jeune arcaëllienne aux ailes blanches releva la tête et dit :

 

« Le livre de la vie qui est écrit pour nous par les Dieux est incertain. Ce soir, vous avez vaillamment combattu. Je suis fière de vous compter parmi mes amis. Mais… Mais je dois me livrer afin de vous sauver. Il y eut des murmures mécontents, Ne soyez pas triste, là est mon destin et que Gar’Haz m’en soit témoin, je mourrais avec honneur s’il en a décidé ainsi. Je ne suis pas une grande bavarde mais ce soir j’aimerais adresser une prière pour nos sœurs et frères morts au combat. Que Jurk, épouse de Gar’Haz, leur tienne la main jusqu’à l’Autre Rive. Qu’ils rejoignent le cercle de Ge-Ban comme guerriers farouches et hardis. Que les Dieux aient pitié de nous et nous gardent du malheur. Maintenant, si vous le voulez bien, je vais aller voir Morloc et lui botter le cul ! »

 

Il y eut une ovation assourdissante. Mélinda se dirigea vers la grande porte menant au palais sous les hourras de ses gens. Deux gardes Impériaux l’attendaient, arme en main. Ils lui confisquèrent son épée et ses dagues. Puis, dans un silence lugubre, l’Elue des Dieux fut conduite vers la salle du trône où Morloc l’attendait. Elle marcha d’un pas fière et sûr. Même sans arme, elle pouvait le vaincre, s’était là son destin. Et si les Divinités l’abandonnaient maintenant, alors le monde courrait à sa perte. Les trois arcaëlliens arrivèrent dans une vaste salle où, au fond, trônait le siège Impérial. Dessus était assis Morloc l’œil hagard et mauvais. Il sourit de façon sournoise en voyant l’adolescente et dit :

 

« Alors, c’est toi qui doit m’effrayer et me vaincre ? Ha ha ! Une enfant ? Tu n’es même pas adulte, t’as même pas de seins ! Mais… Je me ferais une joie de te dépuceler. Est-ce un frisson qui vient de te parcourir ? Haha ! Approche mon enfant ! Jure-moi fidélité et tous tes petits camarades ne périront pas en vain !  Comprends-tu ?

– Je comprends mais ne me soumettrais pas. Je suis l’Elue des Dieux, la guerrière du peuple ! Et… Elle étendit le bras droit, brandissant le poing, Tu vas mourir ! »

 

Rapide comme m’éclair, elle parvint à faire tomber le garde qui tenait son épée et elle la récupéra. Morloc, furieux, se leva et dégaina son arme. Pestant contre l’Enac, il descendit les trois marches menant à son trône. Ils tournèrent un moment, s’épiant, se jaugeant. Puis, lançant la première attaque, Mélinda bondit sur Morloc. Le Dieu-Empereur esquiva l’attaque d’un mouvement ample, ils se retrouvèrent dos à dos. Se retourna avec rapidité, la tahora se jeta une fois encore sur son ainé et ennemi. Ce dernier se mit à rire en esquivant à nouveau et abattit le plat de son épée sur les fesses de Mélinda.

 

« Tu n’es pas très douée pour une guerrière.

– Je ne fais que m’échauffer ! »

 

Elle tendit la main vers le plafond et une myriade d’éclair s’abattirent dans la salle touchant toutes personnes présente sauf Mélinda. Certains furent tués sur le coup mais pas le Dieu-Empereur qui avait brandit son bouclier au-dessus de sa tête. Un bouclier absorbant le fluide. Un vieil artéfact qu’on lui avait offert. Pestant, l’adolescente laissa tomber son bras le long de son corps. La magie serait inefficace contre lui. Elle l’avait compris. Souriant de façon malsaine, le Dieu-Empereur attaqua Mélinda qui para de justesse le coup d’épée destiné à son flanc gauche. Elle repoussa le mzékils dont les ailes noires battaient l’air. S’en suivit un combat épique où chacun donna et reçu des coups. Bientôt, Morloc fut acculé contre un mur sans bouclier et sans épée. Mélinda était dans un piteux état, son arcade droite était ouverte, son flanc gauche saignait abondamment et elle avait de nombreuses entailles sur tout le corps. Elle prit du recul, préparant son épée et l’enfonça au plus profond du ventre du Dieu-Empereur. L’arme ressortie dans le dos du souverain. Ecarquillant les yeux, il posa ses mains sur les épaules de Mélinda.

 

« Co… Comment ?

– Je suis l’Enac, celle qui sauve le monde de ton joug partial et injuste ! Je suis la guerrière du peuple. L’Elue des Dieux ! Et toi, tu meurs ici et maintenant. »

 

Glissant contre la paroi murale, Morloc s’écroula, du sang aux commissures des lèvres.

Chapitre XVIII

La guerre approchait doucement mais sûrement. Les troupes de l’Empire se préparaient tout comme celles de la Résistance. Mélinda redoublait d’efforts dans ses apprentissages divers et variés. Elle était devenue plus qu’un simple fanion que les Résistants agitaient pour effrayer Morloc. Elle avait sa place au conseil de guerre et se montrait très mature. Depuis son aventure avec Zack, elle évitait le jeune arcaëllien autant que possible, elle ne voulait pas lui donner de faux espoirs. Mais le Prince s’accrochait, attendant Mélinda au moindre coin de la demeure d’Abby. Il lui proposait des entrainements, de discuter et de faire connaissance. L’Enac l’envoyait promener à chaque fois. Mais Zack continuait d’espérer.

 

Le temps passa et l’heure approchait, Mélinda s’était remise de la mort d’Ayelline même si l’elfe lui manquait. Assise sur le banc dans la cour, elle regardait les fleurs. Zack s’approcha d’elle et lui demanda s’il pouvait s’asseoir près d’elle. Elle lui fit un signe de la main pour dire qu’il le pouvait et le jeune arcaëllien prit place. Il avait la mine morose et pâle. L’adolescente lui sourit timidement et lui demanda ce qu’il avait, ce à quoi le Prince répondit :

 

« Je vais me battre à tes côtés, contre mon propre père… Je vis un cruel dilemme. Je ne sais plus où donner de la tête, et… Et c’est compliqué de ne pas savoir si ce que l’on fait est juste. J’ai grandi dans un palais pendant que tu t’entraînais dès le plus jeune âge. Je ne sais pas si je suis digne de servir près de toi…

– Dis pas de connerie, Zack. C’est honorable ton revirement de situation. Tu aurais pu me tuer et rendre hommage à ton père plus d’une fois et au lieu de ça tu as….. Enfin bref… Tu vois quoi. Je t’aime bien tu sais mais nous sommes trop différents. Toi tu es un Prince et moi une simple guerrière née pour tuer le Dieu-Empereur qui est ton père. Comment pourrais-je te regarder après avoir fait ça ?

– Je comprends… Mais…

– Tu veux qu’on s’entraine ? »

 

Le Prince se leva et alla chercher les épées en bois. Il en jeta une à Mélinda et se mit en position de combat. Il souriait de toutes ses dents, heureux de pouvoir s’amuser un peu avec sa camarade d’armes. Même si ses sentiments étaient là, il ne pouvait aller contre Mélinda. Ses arguments étaient bien trop justes. Ils s’entrainèrent pendant plusieurs heures jusqu’à ce qu’ils n’y voient plus rien. Déposant leurs armes factices, ils se rendirent à la salle à manger où Abby était déjà. Elle avait la mine sombre et le regard terne.

 

« Mère, que se passe-t-il ?

– Keira a fugué… Elle est partie, très certainement, pour Kaïl…

– Depuis combien de temps est-elle partie ?

– je…. Je ne sais pas Zack. »

 

Abby se mit à pleurer sourdement. Sa petite fille d’à peine vingt ans allait se faire tuer si elle était capturée. Mélinda, incapable de parler, s’assit sur une chaise et regarda la tahora pleurer les larmes de son corps. Le corps d’Abby était parcouru par des soubresauts douloureux.

 

« Demain je vais voir le conseil, il est temps de lancer une offensive ! »

Déclara Mélinda, sûre d’elle. Abby releva sa tête qui était enfouit entre ses mains et eut l’air choquée. Lancer l’offensive maintenant ? Elle hocha la tête, approuvant la décision de la jeune tahora. Le repas fut pris dans un silence incroyable et tous allèrent au lit sans un mot. Le lendemain, Mélinda se leva aux aurores et sortit de l’habitation d’Abby seule. Elle prit la direction du quartier général de la Résistance et demanda une audience qui lui fut accordé quelques heures plus tard. Le conseil, représenté par cinq arcaëlliens d’âge mûr, était assis autour d’une table ronde. Mélinda se leva et déclara d’une voix assurée :

 

« Nous devons prendre les armes avant que Morloc soit prêt. Je propose que dans moins de trois jours les bateaux soient affrétés et prêts à partir. Nous embarquerons toutes personnes capables de se battre et de tenir une épée. Il en va de notre survie. Qu’en pensez-vous ?

– Cela me semble judicieux. Répondit un tahora du nom d’Hikare Sal’Han. Nous allons organiser cela.

– Je serais en tête du bataillon, Ajouta Mélinda.

– Comme tu le désire. Cependant, il faudra être prudent. J’ai entendu parler d’un groupe, les Hayert’Vaäl, ceux sont des adorateurs d’Özan sous les ordres d’un grand prêtre nommé Thäos, ils profiteront sûrement de l’anarchie dû à la guerre pour tenter de prendre le pouvoir. Il faudrait détacher un groupe pour les repousser.

– Faites donc ça. Kaï’Jad, je te veux avec moi.

– Bien. Je serais ton bras armé. Répondit l’aracnor.

– Parfait. Je clos cette réunion. »

 

Elle quitta la pièce d’une démarche assurée et fière. Elle avait déclenchée la machine, la guerre allait avoir lieu et elle devrait tuer le Dieu-Empereur.

 

Trois jours passèrent et bientôt, Mélinda et ses alliés embarquèrent sur un navire de grande taille. Le commandant, un mzékils aux cheveux rouges et aux yeux bleus du nom d’Antadennë, leur indiqua leur cabine. Mélinda partageait la sienne avec Kaï’Jad. Elle put remarquer que l’aracnor dormait peu, tout comme elle. Elles eurent donc de longues discutions pendant le voyage jusqu’à Alzbey, la capitale de l’Empire qui se trouvait sur le continent de Kaïl. Par chance, ils ne furent pas attaqués en mer. Pas même par des monstres marins. A croire que May’Veal, la Déesse des mers et océans, veillait sur eux.

 

Lorsqu’ils furent non loin des côtes de Kaïl, les bateaux s’arrêtèrent. Ils devaient attendre la nuit pour lancer l’offensive. Par chance, l’obscurité était totale car il n’y avait pas de lune ce soir-là. Les navires reprirent leur navigation vers le port principal. Ils amarrèrent en déployant des fanions marchands pour ne pas attirer l’attention des gardes. Les troupes étaient cachées dans les cales attendant le signal leur disant de lancer l’offensive. Les Dieux devaient veiller sur eux car personne ne vint inspecter les embarcations.

 

Lorsque minuit sonna, les soldats de la Résistance se déployèrent en silence. Ils se firent aussi discrets que possible, tuant rapidement les soldats qui pouvaient leur faire front. Le calme était tombé sur la ville et seuls les bruits de botte des Résistants brisaient cette paix. Les Dieux devait être avec eux car ils ne rencontrèrent aucune brigade jusqu’au palais. Du moins ils pensaient qu’il allait réussir sans avoir de résistance. Mais ils se trompaient. Les troupes étaient là, encerclant le Palais Impérial. Le Dieu-Empereur s’était assuré une sécurité nuit et jour depuis des semaines voir des mois. Il n’y avait que le minimum de soldats dans la ville soit une soixantaine par contre, devant les remparts, il semblait être des milliers. Mélinda, sur son cheval, déglutit avec difficulté. Ça n’allait pas être aisé d’arriver à tuer Morloc avec toutes ces personnes en arme.

Chapitre XVII

Les mois passaient et s’écoulaient au rythme du temps. Les beaux jours étaient revenus mais la peine de Mélinda ne diminuait pas. Ayelline lui manquait. Cependant elle avait le sentiment de s’être fait un nouvel allié en Zack. Ce dernier passait beaucoup de temps avec la tahora à faire des exercices d’épéiste. Entre ses cours de politique et d’Histoire, un peu de détente en combattant n’était que bienvenue pour l’Enac. L’adolescente avait également le droit de sortir en compagnie de Keira dans les rues d’Hytraz. Elle en profitait pour chercher ses frères et sa sœur. Mais elle faisait choux blanc. Elle se demandait où était passé ses cadets et s’ils allaient bien. Elle espéra qu’ils n’aient pas été faits esclaves.

 

Pendant ce temps, Morloc se faisait du sang noir. Il savait que la tahora prenait en puissance et lui, il était là à l’attendre. Alors qu’un de ses conseillers lui faisait part d’un plan, il se leva et quitta la salle du trône, plus furieux que jamais. Des têtes allaient tomber. Le Dieu-Empereur alpaga une esclave et lui intima de le suivre. La pauvre bougresse, apeurée, obéit laissant son travail de côté. Le mzékils l’observa de ses yeux rouges et lui ordonna de le déshabiller puis de se dévêtir. A contre cœur, la jeune tahora s’exécuta. Morloc attrapa la jeune esclave par les épaules et la lança sur le lit à baldaquins. La pauvre petite se mit à pleurer suppliant son souverain de ne pas lui faire de mal. Le Dieu-Empereur se mit à rire et déclara :

 

« Tu m’appartiens tout comme ta vie. »

 

Il se jeta sur elle et sans plus de cérémonie il enfonça son pénis entre les jambes de la pauvre tahora qui hurla de douleur. Lui prenait du plaisir mais pour la tahora de quinze ans c’était pire que tout. Elle sentait le sang couler de sa fleur mais cela n’empêchait pas Morloc de la prendre avec une violence inouïe. Les mains du souverain d’Arcaëlle se fermèrent sur le cou de la petite qui couina de surprise et de peur.

 

« Voilà ce que subira l’Enac quand j’aurais mis la main dessus ! »

 

Déclara-t-il en resserrant son étreinte. La tahora se débattit un moment puis, ses yeux sans vie se fixèrent sur le visage de son meurtrier. Morloc continua à faire des va et vient avant de se retirer et d’aller mettre ses vêtement.

 

Zack regardait Mélinda à travers la fenêtre de sa chambre. Kaï’Jad était en train de lui faire la morale. Il n’entendait pas ce que disait l’aracnor mais il sentait qu’elle n’était pas contente. Hùlikcz était dans la chambre du Prince et lui demanda :

 

« Tu l’aime ?

– Qui ?

– Mélinda pardi…

– C’est mon ennemie de sang, comment pourrais-je l’aimer ?

– T’énerve pas, c’était juste une question… Mais des fois j’ai ce sentiment que tu la veux…

– Tu es stupide. La seule chose que je désire c’est sa mort ! »

 

L’elfin ne dit plus rien et se contenta de boire le thé qu’Abby leur avait apporté. Le Prince se mentait à lui-même. Il désirait plus que tout s’allonger près de Mélinda et lui faire l’amour jusqu’à ce qu’elle perde la raison. Mais elle, elle ce n’était qu’une guerrière.

 

« Tu as entendu parler de ce groupuscule qui monte en puissance ?

– Hm ?

– Les Hayert’Vaäl. Ils considèrent Özan comme le seul Dieu valable.

– Ceux sont des fous alors. Je m’inquiète plus des lykosims, ces foutus démocrates. Ils veulent renverser les choses et faire de l’Empire une grande Damert’Ban. Une espèce de démocratie où tout un chacun aura son mot à dire… Cela fait peur. Comme si le peuple pouvait décider ce qui est bon pour lui ! »

 

Hùlikcz ne dit rien, il trouvait la Damert’Ban intéressante. Le peuple serait peut-être moins opprimé… Comment savoir que quelque chose est mauvais sans l’avoir testé avant ? Le jeune elfin soupira et garda le silence. Zack quitta la fenêtre, Kaï’Jad était partie.

 

« Tu vas où, Zack ?

– M’entraîner ! »

 

Il avait beau être reconnu comme un prisonnier de guerre, il se voyait plus comme un invité forcé. Une fois dans la cours, qui était joliment fleurie de rose de toutes les couleurs, il regarda Mélinda et lui proposa, malgré la sombre mine de la tahora, de s’entraîner. Elle accepta de bon cœur, voyant là un moyen de se défouler. Elle attrapa les épées de bois et en jeta une à Zack qui la réceptionna sans mal. Ils se mirent en garde et le combat commença. L’Enac voyait en Zack un pair. Il était tous les deux de bons combattants et commençait à connaître les faiblesses de l’autre. Parfois leur entrainement se passait dans les airs. Zack était un très bon épéiste, Mélinda voyait bien qu’il avait eu les meilleurs professeurs dans ce domaine. La seule chose qui la dérangeait, c’est lorsqu’elle le regardait dans les yeux. Elle y lisait une passion naissante. Mais pour elle, il était toujours son ennemi de sang. Même s’ils partageaient la même ancêtre.

 

Mélinda était dans sa chambre, assise sur le rebord de la fenêtre, comme la nuit où Thaä était venu lui annoncer la fin du monde imminente. Elle regardait le ciel dégagé où la lune ronde brillait de mille feux. On frappa alors à sa porte.

 

« Entrez ! »

 

Cria-t-elle. Dans l’ouverture de la porte se trouvait Zack. Il la regardait avec envie et désir. Elle lui demanda ce qu’il voulait.

 

« Je te veux toi…

– On est ennemi, Zack.

– Le sort en a peut-être décidé ainsi, mais mon cœur me parle de toi à chaque seconde.

– Va-t-en…

– Non, je te veux. De gré ou de force je t’aurais.

– Tu es fou…

– Fou de toi, oui.

– Fiche le camp ! D’un bond, elle s’était levée.

– Partage ta couche avec moi… Murmura Zack en s’approchant de Mélinda.

– Dégage ! »

 

Il l’enlaça et embrassa son cou puis remonta vers les lèvres fines de la tahora. Cette dernière essaya d’échapper à l’étreinte du Prince mais n’y parvint pas. Elle s’abandonna à lui dans un baiser passionné. Doucement, ils se dirigèrent vers le lit ôtant les vêtements de l’autre. Le jeune mzékils allongea la jeune tahora. Ils étaient aussi nus que des nourrissons venant de naître. Il effleura le corps de Mélinda du bout de ses lèvres faisant frissonner de plaisir cette dernière. La nuit fut torride et pleine de douceur. Zack susurrait de tendres mots à Mélinda qui lui mordillait le lobe de l’oreille droite. Ils finirent par s’endormir l’un contre l’autre. Etait-ce le début d’une idylle ?

 

Le lendemain matin, Abby poussa un petit cri de souris en les voyant lovés l’un contre l’autre dans le lit de Mélinda. Elle quitta la chambre, quelque peu gênée. L’Enac se leva et ramassa ses vêtements alors que Zack lui demandait de rester dans le lit.

 

« On a fait une connerie, Zack. On ne devrait pas s’unir ainsi. Je dois… Je dois tuer ton père.

– Et alors ?

– Alors, ça fait de nous des ennemis.

– Non, au contraire. Je hais mon père, c’est un monstre !

– Zack…

– Ecoutes, Mélinda, nous pouvons devenir les meilleurs souverains qu’Arcaëlle est connu. Meilleurs que Keira !

– Tu dis n’importe quoi….

– Absolument pas ! »

 

Elle quitta la pièce alors que Zack s’habillait et la suivait dans le couloir. Il attrapa sa main et l’obligea à se retourner et là, il l’embrassa. Le repoussant, l’Enac partit vers la cuisine.

Chapitre XVI

Mélinda était assise sur une chaise dans la cuisine, le visage pâle et terne. Elle pensait à Ayelline qui avait rejoint l’autre monde, l’abandonnant à son triste sort. Les larmes lui montèrent aux yeux, elle enfouit son visage entre ses mains et pleura une fois de plus. Comment était-ce arrivé ? Si vite… Si injustement… Les sanglots soulevaient le corps de l’adolescente en proie à la tristesse ainsi qu’à la colère. C’était tellement injuste et égoïste de la part des Dieux d’avoir rappelé l’elfe. Elle n’était que dans la fleur de l’âge. Essuyant son visage maculé de larmes, elle se leva et alla dans la cours intérieure. Elle attrapa une épée en bois et se défoula sur un mannequin de paille, insultant tous les Dieux et, en particulier, Thaä. Le chagrin rongeait son cœur encore bien jeune. Sa rage n’avait d’égale en ce monde, elle en voulait à tout et tous. Personne n’avait rien fait pour sauver son amie. Elle donna un grand coup d’épée au bonhomme de paille et hurla sa colère. Les larmes, abondante, noyaient son visage. Malgré le froid ambiant de l’hiver, elle ne faisait pas attention à ses frissons.

 

Depuis sa chambre, Zack regardait son ennemie fracasser son épée contre le mannequin de paille. Il souriait de façon machiavélique. L’Enac était au plus faible, il pourrait aisément la tuer et, peut-être, s’amuser avec elle avant. Il faut avouer qu’il la trouvait jolie. Il se glisserait bien en elle avant de l’étrangler. Il entendit des bruits de pas venir vers la chambre et retourna dans son lit. On frappa deux coups secs à la porte.

 

« Entrez ! »

 

Abby poussa la porte et pénétra dans la chambre demandant à son fils comment il se sentait ce matin-là. Le Prince soupira et tira la couverture sur lui.

 

« Je vais bien, Mère. Mieux que l’Enac en tout cas.

– Oui, la perte de son amie l’a anéantie… Pauvre petite… »

 

Le mzékils fit un  sourire faussement désolé et prit son petit-déjeuner sans le moindre mot. Hùlikcz venait lui rendre visite l’après-midi et l’informait sur la Résistance ainsi que Mélinda. Le petit espion semblait, cependant, avoir des remords à faire ce qu’il faisait. Mais Zack n’en avait que faire, l’elfin lui devait la vie. Abby quitta la chambre et s’en alla vaquer à ses occupations. Se retrouvant seul, le Prince se leva et retourna à la fenêtre épier Mélinda. La tahora était à genoux devant le mannequin, pleurant de plus belle. Les poings ancré dans la neige, elle se laissait aller à sa douleur. Zack avait interdiction de quitter sa chambre mais il avait envie de contrevenir à cet ordre pour aller voir l’Enac de plus près. Il regarda ses habits pliés sur une chaise et décida de s’habiller. Une fois fait, il ouvrit en toute discrétion la porte et dévala les escaliers menant en bas. Aussi discret qu’une souris, il alla dans la cours où Mélinda était assise par terre, recroquevillée sur elle-même. S’approchant à pas de velours, le Prince posa une main sur l’épaule de l’adolescente. Elle tourna un visage triste et en larme vers son ennemi et lui dit d’une voix lasse :

 

« Tu viens te repaître du spectacle ?

– Non, je viens pour que nous nous entrainions ensemble… Tu es une guerrière, tu ne devrais pas te laisser ainsi abattre. C’est dur de perdre quelqu’un mais c’est la loi des guerres. Allez, lèves-toi et montre-moi ce que tu as dans le ventre. »

 

Il lui jeta une épée en bois et en prit une pour lui. Se mettant en garde, il lui fit signe d’attaquer. L’Enac, un peu retournée, se leva et se prépara à jouer de l’épée avec le Prince. Elle lança une estocade que le jeune mzékils esquiva sans problème.

 

« Concentre-toi, nom des Dieux ! »

 

Elle essuya du revers de la main ses yeux gonflée par les pleurs et se mit en garde. Le Prince attaqua et elle para magnifiquement. Ils jouèrent ainsi de l’épée pendant quelques heures dans le froid hivernal. Mélinda en oublia presque la mort d’Ayelline. Elle devait continuer pour l’elfe et pour tous ces gens opprimés par le Dieu-Empereur. Elle devait être forte et déterminée. S’améliorer un peu plus. Apprendre de nouvelles choses. Abby arriva alors et engueula Zack, elle lui rappela que, pour sa sécurité, il ne devait pas sortir de sa chambre. La tahora jeta un œil à Mélinda et lui dit de rentrer aussi. Ainsi les deux ennemis pénétrèrent dans la demeure, la tête basse. Keira regarda Zack avec mépris et elle annonça à Mélinda :

 

« Kaï’Jad est dans la cuisine, elle veut te voir. »

 

L’adolescente hocha la tête et se rendit dans la salle de repas. L’aracnor, qui avait l’air furieuse, regarda l’Enac et inclina légèrement la tête. Elle invita Mélinda à s’asseoir et à l’écouter.

 

« Nous avons repoussé l’Empire pour cette fois mais avons perdu beaucoup d’arcaëlliens. Tu dois devenir plus forte et raller à notre cause plus de gens. C’est pourquoi nous t’avons trouvé des précepteurs dans l’art de la politique et de l’Histoire. Le combat c’est bien mais tu dois apprendre à communiquer correctement et connaître ton passé pour ériger le futur. Alors, à partir de demain, tes maîtres viendront ici pour quelques heures et t’enseigneront leur art. Je t’invite à être attentive. Elle se leva et ramassa son écharpe. Elle ajouta : Sois prudente avec Zack… Il est ton ennemi, ne l’oublie pas. »

 

Quittant la pièce, la chef d la Résistance laissa Mélinda à ses sombres pensées. Comment pouvait-elle croire que la politique l’intéressait ? La jeune tahora soupira et posa son front contre ses bras qui était sur la table. Elle ferma les yeux et essaya de se remémorer les gestes du Prince. Après tout, cela lui serait utile si elle devait le combattre. Mais… Elle le trouvait attirant et séduisant malgré le fait qu’il était sans doute aussi mesquin et mauvais que son père.

 

La nuit était tombée depuis deux heures. Assise sur le rebord de la fenêtre, le regard fixé sur les étoiles, Mélinda réfléchissait. Ayelline était morte mais pas elle. Il devait y avoir une raison à cela. Peut-être était-elle réellement destinée à sauver le monde du joug de Morloc. Un soupir souleva sa poitrine. Elle ne voulait pas être cette maudite Elue des Dieux. Elle pesta contre Thaä qui l’avait choisit quand soudain une voix s’éleva derrière elle.

 

« Eh bien, Mélinda, tu doutes de moi ? »

 

L’adolescente se retourna et se retrouva face à une arcaëllienne aux cheveux noirs et blancs et aux yeux gris. Elle avait une aile noire et une blanche. Comprenant que c’était Thaä, elle s’agenouilla. La divinité eut un petit rire cristallin et doux.

 

« Tu doutes de mon choix, fille des Dieux ?

– Je… C’est que….

– Allons, allons… Tu passes ton temps à nous insulter. Sais-tu que nous en avons maudit pour moins que ça ?

– Désolée… La mort d’Ayelline… La mort de mes parents…

– Cela te fait grandir, c’est tout. La mort fait partie du cycle de la vie. Elle est inéluctable. Mais, si tu veux les rejoindre… Se déplaçant à une vitesse fulgurante, Thaä se retrouva devant Mélinda, la tenant à la gorge. Ça peut s’arranger… Même si ta mort n’est pas encore dans nos dessins. Alors, fillette, acceptes-tu ton destin ?

– Je… Ai-je le choix ?

– On a toujours le choix jeune fille. Répondit Thaä en lâchant le cou de la tahora. Keira avait le choix d’abandonner ou de se battre. Elle a choisi de mourir en donnant la vie à ses jumeaux. Une grande perte, j’avoue. Mais c’était son choix.

– Alors… Je peux ne pas être l’Enac ?

– Non mais tu peux ne pas accomplir ton destin et laisser le monde être détruit par mes soins. Si tu abandonnes, je détruirais toute vie en ce monde pour en construire un autre. Que dis-tu d’une pluie de feu ? Ce serait joli ! »

 

Mélinda baissa la tête. Si elle refusait d’accomplir sa destinée, Thaä prévoyait d’anéantir la vie. Elle n’avait pas le choix contrairement aux dire de la Divinité. La Déesse disparut dans un nuage de fumée bleue. Toujours à genoux, se massant la gorge, l’Enac finit par se lever et aller se coucher. Elle accomplirait cette stupide prophétie mais jamais elle n’accepterait la couronne.